• Camille Prost

Portrait d’Élisabeth de la Genardière

Mis à jour : juin 17

Élisabeth de la Genardière, Présidente de la Fondation Artistes à l’hôpital, est une personnalité singulière, cultivée et très attachante, une figure du monde associatif et une bonne connaisseuse du mécénat musical.

Vous comprenez d'emblée pourquoi j’ai eu envie d’engager la discussion !


Élisabeth de la Genardière fonde en 1990 l'Association Tournesol, Artistes à l’hôpital dont elle est ensuite la directrice pendant 30 ans. Elle pilote alors les projets culturels et artistiques menés par l’association dans les établissements hospitaliers d’Ile-de-France et du Nord.

Elle élabore parallèlement des programmes de formation « Art et culture à l’hôpital » à l’échelle nationale et, à ce titre, est intervenante en Instituts de soins infirmiers, tutrice de stages, directrice ou marraine de mémoires dans divers cursus de formation professionnelle (DEFA, diplôme du centre d’études supérieures en économie, arts et communication, diplôme de cadre de santé…).

Elle est également sollicitée pour effectuer des missions d'expertise d'envergure :

- Entre 2004 et 2006 en Bourgogne pour la DRAC et l'ARS : "État des lieux de la culture à l'hôpital, rencontres, formation et préconisations".

- En 2011 et 2012 pour l'APHP : "État des lieux des activités culturelles dans les établissements de l'APHP".

Aujourd’hui à la tête de la Fondation Artistes à l’hôpital, elle a pour objectif de développer, à plus grande échelle, la présence et la qualité musicale et artistique dans les établissements médico-sociaux.

On aime !

Élisabeth, pourrais-tu nous présenter en quelques mots la Fondation Artistes à l’hôpital ?

Elle est née en 2019 de l’Association Tournesol, Artistes à l’hôpital, dont quelques membres ont souhaité, en créant une fondation au sein de la fondation de France, franchir un nouveau cap. Tout cela pour garantir le déploiement, à une autre échelle, de la vision portée par l’équipe de Tournesol, fondée sur les valeurs de partage, d’excellence artistique et de solidarité..

La fondation Artistes à l'hôpital compte 3 fondateurs et elle est pilotée par un comité exécutif de 6 personnes.

Pourquoi avoir créé une fondation abritée ?

Dans le cadre d'un diplôme en fundraising (AFF/Essec) en 2014, j'ai rencontré des personnalités du secteur, comme Jean-Marie Destrée de la Fondation Caritas, qui ont éveillé mon désir de créer une fondation abritée. J'ai compris que cela permettrait d’élargir le champ de l’action de Tournesol, de soutenir le développement de cette association, mais aussi d’accompagner des artistes et d’autres porteurs de projets.

Cette idée a muri progressivement et il s'est avéré que c'était effectivement la structure juridique qu'il nous fallait pour consolider une présence artistique dans le milieu de la santé, à un niveau régional et national, tâche en effet difficile à mener pour une association occupée à développer ses actions de terrain.


Notre Fondation permet de faciliter la recherche de fonds, certes, mais aussi :

- de soutenir directement le développement de l’art et la culture au sein du monde de la santé,

- de créer des réseaux de partenaires,

- de nous étendre à de nouveaux territoires et de nouveaux publics ; nous recevons notamment des demandes qui viennent de pays étrangers,

- de constituer un pôle de ressources pour les personnes militantes de cette cause, qui ont besoin de rencontres et de temps d'échanges pour partager savoir-faire et bonnes pratiques,

- de développer des processus de réflexion, d’accompagnement et de formation tant pour les artistes que pour les personnels de santé et animateurs des établissements,

C’est aussi un très bon outil pour faire connaître toutes ces réalisations auprès du grand public et des partenaires de la culture et de la santé, mécènes et institutions...


Et comment vois-tu ta place dans tout cela ?

D'un point de vue plus personnel, c’est pour moi, une façon de prendre du recul, de m’autoriser un regard nouveau sur le développement des liens entre culture et santé. Une façon, aussi, d'essayer d’avoir accès à d’autres leviers (outils, démarches, partenaires...) tant pour la réflexion, la communication que la recherche de fonds.


Peux-tu nous parler du projet phare de la Fondation Artistes à l’hôpital et en présenter toutes les parties prenantes ?

Les 30 ans d’actions autour de la voix, côté association, nous ont donné envie de centrer le premier projet de la fondation sur cet axe. Dans ce contexte, la Fondation Bettencourt Schueller nous a encouragés à construire un projet national ambitieux intitulé Notes de chœurs. Notes de chœur concerne 3 régions (Ile de France, Hauts de France et Bourgogne Franche Comté) et s’appuie sur 3 associations opérationnelles :

- Association Tournesol Ile-de-France

- Association Tournesol Hauts-de-France

- Les petits chemins, en Bourgogne.

Il s’agit de construire des réseaux régionaux voix-santé pour développer et soutenir l’art choral et l’art vocal dans les établissements de santé des territoires, en partenariat avec des ensembles et des chœurs de renom ainsi qu'avec les structures ressources régionales.

L'Ensemble Aedes, le Chœur de Radio France, la Cité de la voix de Vézelay, l’Opéra de Lille sont nos partenaires dans cette nouvelle aventure, mais nous travaillons aussi avec de nombreux autres chanteurs et formations, dans des styles différents : jazz, baroque, chanson et musiques populaires...

Un comité de pilotage rassemble des responsables de groupes d’établissements de santé, des responsables culturels ou de communication, des soignants, des structures culturelles, des associations... pour réfléchir ensemble à développer et pérenniser ces actions.

C’est un projet passionnant qui intéresse beaucoup chanteurs, musiciens et chefs de chœur et qui mobilise notamment les EHPAD et les établissements médico-sociaux accueillant des enfants.


Et des mécènes ?

Oui, bien entendu ! Aux côtés de la Fondation Bettencourt Schueller citée plus haut doit être mentionnée la Fondation Orange qui soutient notre projet depuis le début, ainsi que des donateurs privés. Certains, soutiens fidèles de l’association, s’engagent au sein de la fondation et accompagnent de près son développement. Ces derniers sont de vrais partenaires au long cours, qui agissent dans le plus grand respect des valeurs et des missions.

Les réseaux Notes de chœurs commencent aussi à associer les partenaires institutionnels des territoires concernés, des organismes comme les mutuelles, et bien sur les mécènes particuliers intéressés par notre projet.

Notre challenge est évidemment de mobiliser davantage de partenaires publics et privés. Nous en avons besoin pour faire naître et soutenir des projets de qualité.


La Fondation dessine des ponts entre le milieu de la culture et le secteur médico-social, quelles sont les forces et les défis de ces deux écosystèmes, qui sont très différents mais semblent avoir beaucoup à s’apporter mutuellement ?

La crise sanitaire, dont nous ne sommes pas encore sortis, a fait connaître, à tous, les difficultés vécues dans le milieu de la santé au quotidien et a sensibilisé le public au sort des malades et de leurs soignants. Ce coup de projecteur a notamment souligné un besoin criant d'humanité et de dignité et a fait apparaître, en filigrane, le besoin de culture, d’art, de musique, sources de beauté et de plaisir, dans les lieux-mêmes des soins.

Cela peut paraître incongru au premier abord, et pourtant c’est une vraie ressource. Les établissements de santé partenaires le perçoivent et la fidélité de leur engagement en témoigne : ils sont convaincus des bienfaits de ces temps forts artistiques pour leurs patients et l'ensemble des personnels de santé.

Les lieux de santé sont des lieux de vie qui souhaitent s’intégrer davantage à leur environnement social et culturel, notamment pour permettre à leurs résidents d’avoir une vie culturelle active.


Et en termes artistiques, qu'as-tu envie de privilégier ?

Dans ce contexte, notre choix est de rester ouverts à tous les publics de la santé, toutes les personnes intéressées, et à tous les styles musicaux, avec des ouvertures sur la danse, le théâtre, la lecture, les arts plastiques et visuels, le cirque contemporain... afin d’accueillir les aventures et les créations que nous proposent les artistes.

Ces rencontres doivent tenir compte des contraintes de chacun : de la disponibilité et de l’attention du patient, de ses goûts et de son univers culturel, des temps des soins, de l’espace qui n’est pas toujours adapté...

C’est toute la richesse de ces moments : les artistes se dépassent dans la création de formes nouvelles, participent à la construction des projets, laissent libre cours à leurs répertoires favoris...

Les établissements, eux, font en sorte de rendre accessibles les lieux et les publics...

Ce partage est fécond et nourrissant, mais il doit se vivre dans le respect mutuel, en privilégiant les plus isolés et exclus par la maladie ou le handicap.

Nous sommes les garants de ces collaborations fructueuses.


Tournons-nous vers l’avenir, quels sont les défis qui t’attendent dans les prochains mois ?

Il faut d’abord sortir de la crise : on ne sait pas encore précisément quelles traces elle va laisser, notamment dans le milieu de la culture, et sur la vie associative, menacée elle aussi.

J’ai pris ma retraite au sein de l'Association Tournesol début 2020, mais j’accompagne encore bénévolement l’équipe. Je souhaite que Tournesol se développe, avec des équipes très dynamiques et jeunes dans les deux régions. L'association a, actuellement, une activité très riche dans de nombreux établissements (650 évènements annuels, 15 000 personnes concernées, 55 établissements de santé impliqués dans 12 départements), mais elle doit aussi faire face aux difficultés, partagées par tous dans le secteur, et maintenir un modèle économique s’appuyant de plus en plus sur le mécénat.

Côté fondation, il faut ancrer cette nouvelle structure dans le paysage, intéresser de nouveaux partenaires et étendre le réseau des passionnés par cette question de la culture à l’hôpital. C’est un défi en ces temps difficiles, mais c’est un thème porteur d’espérance ! Notes de chœurs est un bon guide, qui intéresse beaucoup de monde et peut mobiliser de nouveaux porteurs de projets.


Si cette rencontre vous a donnez envie d'en savoir plus :

https://associationtournesol.com

https://fondationartisteshopital.com/

ou de découvrir ces moments de joie partagée, en vidéos :

https://www.youtube.com/channel/UCm_Eego0FgCahz58AutXcpA

https://www.youtube.com/watch?v=4uU_xz1hVHw&t=28s

https://www.youtube.com/watch?v=rvUpg9qthX4

https://www.youtube.com/watch?v=9rUcBNhIl_s


Voici les sites des principaux partenaires artistiques de Notes de chœur :

https://www.ensembleaedes.fr/fr/

https://www.maisondelaradio.fr/concerts-classiques/le-choeur-de-radio-france

http://www.lacitedelavoix.net/

https://www.opera-lille.fr/

https://lespetitschemins.com/


et ceux des principaux mécènes de Notes de chœur qui, dès le départ, ont cru, à ce projet :

https://www.fondationbs.org/fr/culture/chant-choral/les-dons-en-faveur-du-chant-choral

https://www.fondationorange.com/La-musique-a-l-hopital-3287


Cette rencontre constitue la première interview d'une série consacrée à quelques personnalités du monde du mécénat culturel. Elle s'articule à notre galerie de portraits des grands mécènes de l'histoire de la musique :

https://www.calamusconseil.fr/post/portraits-de-m%C3%A9c%C3%A8nes-d-hier-et-d-aujourd-hui

J'aime, en effet, faire dialoguer passé et présent . Les connaissances historiques et artistiques qui nourrissent les réflexions sur l'actualité et le secteur musical sont d'ailleurs dans l'ADN de Calamus Conseil.


Je suis ravie d’accompagner l'Association Tournesol Artistes à l'hôpital et la Fondation Artistes à l’hôpital dans leurs stratégies de mécénat.


Si vous avez besoin de conseil pour structurer votre levée de fonds ou pour construire un projet artistique à dimension sociale, écrivez-moi !

cprost@calamusconseil.fr

www.calamusconseil.fr