• Camille Prost

Comment j’écris une note de programme de concert

Mis à jour : mai 22



Comment écrire une note de programme ?

Je suis de celles qui conservent précieusement, dans une jolie boîte, les programmes et les livrets des concerts qui m’ont bouleversée ; objets témoins qui forment une archéologie personnelle de mes émotions… Or, j’ai la chance, depuis maintenant plus de 5 ans, d’être l’auteure de notes de programme pour de grandes institutions musicales. La commande est simple : un contrat avec un nombre déterminé de signes pour présenter le concert, le récital ou l’opéra donné. Je me suis, au fil des textes, construit des principes et aimerais aujourd’hui vous faire part de mes convictions. La note de programme n’est ni un objet purement décoratif, énième variation de la charte graphique de la saison ou de la maison, ni un objet rituel d’un autre temps.


I. Les fonctions d’une note de programme

Elle a trois fonctions principales :

i. Donner à l’auditeur les principales informations concernant les œuvres et le interprètes (titres, mouvements, dates, compositeurs, biographies d’artistes…)

ii. Lui permettre, à sa lecture, de franchir le seuil qu’il y a entre la vie courante (sortir du travail à temps pour arriver à l’heure au concert, gérer la garde des enfants, passer au vestiaire, répondre au téléphone, regarder ses mails puis le mettre en silencieux…) et le temps de la réception d’une œuvre musicale ; sorte de sas où l’on accepte de rentrer dans la temporalité du concert (concentration, anticipation du plaisir esthétique, attente…)

iii. Fournir les clefs d’écoute nécessaire. C’est évidemment ce dernier point qui me concerne en premier lieu.


II. Que mettre en lumière ?

Que dire pour donner à tous, mélomanes chevronnés comme néophytes venus en curieux, les éléments nécessaires à une meilleure compréhension des œuvres ? Dans la mesure où je ne crois pas qu’il existe une seule écoute juste et adéquate, il m’est impossible de partir de cela pour écrire. Je ne crois pas qu’il faille à tout prix analyser l’œuvre (modulation, structure, écart entre la forme académique et les libertés prises...) car le plaisir esthétique n’est pas assujetti à une compréhension savante des œuvres. Je suis en revanche convaincue que quelques indications précises peuvent guider l’écoute et ouvrir de belles perspectives.


III. Principes et méthode

J’ai donc élaboré plusieurs principes :

- éviter le jargon musicologique mais rester la plus précise possible musicalement,

- ne pas fournir les informations purement historiques et factuelles que tout le monde pourrait trouver sur internet,

- contextualiser sans donner l’impression à un auditeur que la situation de l’œuvre dans l’histoire de la musique est une condition nécessaire à sa compréhension,

- mettre en lumière les raisons de l’association des différentes parties du programme entre elles et proposer ainsi ma vision de la cohérence du programme,

- privilégier les adjectifs qualificatifs, parler d’émotions, de caractère, oser les images, les métaphores,

- encourager le développement d’une forme de rêverie ou le déploiement de l’imagination de l’auditeur,

- toucher sa sensibilité, tout en veillant à tenir un discours objectif, et croyez-moi c’est un véritable jeu d’équilibriste !

Pour cela, la méthode que j’ai mis en place est désormais bien rodée : je note tout ce que m’évoquent les œuvres avant même de les écouter, puis choisis une interprétation et analyse sur partitions, je me demande ensuite ce qui ressort de ces observations, je note mes émotions ressenties et décide d’une clef d’écoute principale, à partir de laquelle se construira mon discours. Au fil des programmes, j’ai appris à savourer ces temps d’écriture et cette proximité avec des œuvres que j’ai souvent re-découvertes, parfois même appris à aimer.


Si vous avez besoin d’un texte pour présenter un programme, un concert, une saison, n’hésitez pas à m’écrire : cprost@calamusconseil.fr