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  • Photo du rédacteurCamille Prost

C'est l'anniversaire de la Loi Aillagon !

La Loi Aillagon, mise en place en 2003 et visant à réformer le mécénat en France, a constitué un tournant pour les acteurs de l’intérêt général et de la culture. Pour la musique, le mécénat est devenu un enjeu majeur, palliant les tensions nées au tournant des années 2000 sur le financement des acteurs du secteur. Mais 20 ans après sa création, quel est véritablement le bilan de cette loi dans la filière musicale ? Le CNM m'a sollicitée il y a plusieurs mois pour répondre à cette question en co-écrivant un papier sur le sujet.
Retour d'expérience, ce blog est fait pour ça !

1. Une commande du CNM Lab

Le CNM lab m'a sollicitée il y a plusieurs mois pour co-écrire un papier sur ce sujet. L’objectif de cette "onde courte" était d’esquisser un bilan, de rendre compte des conséquences positives amenées par la législation, mais aussi des difficultés rencontrées. Plus généralement, ces pages permettent de plonger dans les liens actuels entre musique et mécénat et de dresser des pistes pour l’avenir. Je vous encourage donc vivement à prendre connaissance de ce nouveau contenu !

Pour le découvrir dans son intégralité : https://cnmlab.fr/onde-courte/loi-aillagon-et-mecenat-dans-la-musique/


2. Mes coéquipiers dans ce projet

Il s'agit d'un papier écrit à ... 8 mains ! Lorsqu'on travaille seule, en tant que consultante, ce type de coopération et de collaboration est évidemment précieux et prend des allures de challenge stimulant. Il est donc important pour moi de vous présenter mes éminents collègues, co-auteurs de cette publication.


SOPHIE LANOOTE

Sophie Lanoote fonde en 2008 l’agence Galatea, qui conjugue management artistique, production de concerts et conseil, auquel elle se consacre désormais, afin de mettre son expertise en stratégie, management et transformation au service des acteurs culturels privés et publics. Diplômée de Sciences Po Paris, où elle enseigne depuis 2017, elle a co-écrit Le Spectacle et le Vivant et Mécéner la musique en France aujourd’hui (2021), et réalise actuellement une étude sur la musique ancienne.


ANNE MONIER

Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégée, Anne Monier est docteure en sciences sociales et chercheuse à la Chaire Philanthropie de l’ESSEC. Spécialiste de philanthropie, elle a notamment publié deux livres sur le sujet : Nos chers Amis Américains et le livre collectif Philanthropes en démocratie, ainsi que plusieurs articles scientifiques et chapitres d’ouvrage en français et en anglais. Elle enseigne aussi à l’Ecole d’Affaires Publiques de Sciences Po.


ARTHUR GAUTIER

Arthur Gautier est Professeur Associé à l’ESSEC Business School et Directeur Exécutif de la Chaire Philanthropie de l’ESSEC. Il enseigne à la Grande Ecole et à l’ESSEC Executive Education. De 2016 à 2021, il a été Directeur académique du Certificat Français du Fundraising. Ses recherches portent principalement sur la philanthropie et les initiatives privées en faveur de l’intérêt général.


La coordination de ce travail éditorial a été assurée par Robin Charbonnier, chargé de la recherche au sein du CNM.


3. Une méthode et des entretiens ciblés

La méthode choisie ne visait pas une forme d’exhaustivité, les outils mobilisés n'ont donc pas été ceux des études quantitatives. L'échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble du monde musical. Utilisant des cas volontairement très contrastés en termes de taille, de localisation et d’esthétiques musicales, nous avons eu recours à des entretiens qualitatifs ciblés auprès de professionnelles et professionnels de six organisations. Le but ? Faire résonner ces témoignages entre eux, en acceptant la part de subjectivité qu’ils comportent, et les articuler à des développements plus conceptuels.


Voici les six organisations interviewées, une courte présentation de chacune vous permettra d'avoir une idée précise de l'échantillon.

Le Centre de musique baroque de Versailles : créé en 1987 à l’initiative du ministère de la Culture, le centre a pour mission de faire rayonner les musiques baroques françaises des XVII e et XVIII e  siècles. Le CMBV est situé depuis 1996 à l’Hôtel des Menus-Plaisirs de Versailles et propose des activités de recherche, d’édition, de formation, de production et d’action culturelle. Le mécénat représente 5 % d’un budget global avoisinant les 7 millions d’euros. Deux tiers du mécénat proviennent d’entreprises et de fondations, un tiers de particuliers.

Deux salariés, un responsable et une assistante, s’y consacrent à temps plein. Un fonds de dotation a été créé en 2022 pour transmettre et partager le patrimoine baroque au service des jeunes talents et des publics et, ainsi, venir en appui sur les activités du CMBV.


La Fondation LUMA : créée en 2004 par Maja Hoffmann et basée à Zurich, la fondation soutient et finance des projets artistiques, dont certains intègrent de la musique. Tous visent à approfondir la compréhension des questions liées à l’environnement, aux droits de l’homme, à l’éducation et à la culture. Pour mener à bien son projet, LUMA possède en France un fonds de dotation, une SCI et une SAS pour ses activités commerciales. LUMA Arles emploie 120 salariés à l’année — dont une responsable mécénat et partenariats — et plus de 200 l’été. Transparaît à travers ce projet la vision personnelle d’une mécène philanthrope.


L’abbaye et fondation de Royaumont présente un modèle unique : depuis 1936, la Fondation offre une place de choix à la (re)découverte du répertoire et aux œuvres d’aujourd’hui. Il est la face émergée de l’activité du Centre international pour les artistes de la musique et de la danse de Royaumont qui propose des résidences d’artistes et développe des activités de création, de formation et de recherche. Le mécénat représente moins de 1/6 e de son chiffre d’affaires, parce que ce lieu parvient à générer des ressources propres (hôtellerie, locations

d’espaces…) et bénéficie de soutiens publics. Sans surprise, l’action culturelle et l’accès à la culture sont les axes forts du mécénat de la structure. L’artistique pur est quant à lui principalement financé par quelques gros mécènes. Les investissements structurels majeurs sont financés, eux, par de l’argent public. Sur ses 57 salariés, deux ont en charge le mécénat.


Le Festival des Eurockéennes de Belfort : né en 1989, à l’initiative du Conseil général du Territoire de Belfort, les « Eurocks » sont une des principales manifestations plein air dédiées aux musiques actuelles en France et en Europe. Chaque année, une soixantaine de concerts et spectacles sont organisés pendant trois jours pour près de 100 000 festivalières et festivaliers, le premier week-end de juillet. Parmi les dix salariés permanents, trois personnes sont impliquées dans le mécénat et les partenariats avec les entreprises. Sur un budget global de 950 millions d’euros en 2023, le mécénat représente 15 % (1,45 M€) et le parrainage, 10 % (97 000 €), soit 25 % du budget global, ce qui dépasse la moyenne sectorielle (17 %). Un « Club des partenaires » a été fondé dès 1991 avec une dizaine d’entreprises membres. Devenu « Club des mécènes » en 2005, à la faveur des possibilités offertes par la loi Aillagon, il compte aujourd’hui 140 entreprises membres qui soutiennent le festival en mécénat financier (de 5 000 à 200 000 €), en nature ou de compétences.


L’Épicerie Moderne : salle de concert labellisée Scène de musiques actuelles (SMAC), elle peut accueillir de 60 à 750 spectateurs. Située à Feyzin (10 000 habitants), petite ville de l’agglomération lyonnaise, dans une zone de grande concentration industrielle qu’on appelle « la Vallée de la Chimie », L’Épicerie Moderne a sur le papier un grand choix de potentiels mécènes et partenaires. De premiers parrainages porteurs de sens ont été initiés il y a cinq ans environ, mais le mécénat a plus de mal à se développer. Aujourd’hui, seul le directeur

de l’association développe mécénat et partenariats, sans salarié dédié. En 2022, ces ressources ont rapporté 30 000 euros, soit 3,5 % d’un budget global d’environ 850 000 euros.


ProQuartet – Centre européen de Musique de chambre : né en 1987, il contribue au rayonnement du quatuor à cordes, au soutien de l’ensemble de la communauté de la musique de chambre et à l’élargissement des publics qui s’y intéressent. Le mécénat, auquel 1 ETP est dédié (pour une équipe qui compte neuf salariés), représente 2 % d’un budget global s’élevant à 1,2 million d’euros en 2022. Deux des projets portés par ProQuartet s’avèrent actuellement très porteurs pour le développement du mécénat : d’une part, le nouveau programme de formations/résidences, d’autre part, le projet « ProQuartet part en friche », une réflexion autour du public « jeunes adultes », au-devant desquels va ProQuartet, via des tiers-lieux et des friches scrupuleusement choisies, qui sont autant de lieux de rencontres, de mixité sociale et de projets.


C'était un plaisir d'échanger, dans ce cadre, avec Pierre-Hassim Malbec, Christophe Danzin et Tony Favier. Vous découvriez donc dans ces quelques pages des propos qui feront peut-être - je l'espère - écho à ce que vous vivez !


Il est primordial pour moi d'être à l'écoute. Je crois que c'est la posture la plus juste, lorsqu'on est consultante dans la musique : savoir écouter, poser les bonnes questions, mettre en perspective des propos différents, créer des synergies, prendre le temps d'observer, d'entendre, de faire résonner...

Le travail mené ici en est qu'un exemple ; cet article me permet donc de mettre en lumière cet aspect de mon travail.


4. Des perspectives ?

Le papier se termine par quelques pistes de réflexion pour l'avenir. La trajectoire est classique : faire un bilan pour dégager des perspectives. C'est bien aussi dans cette optique que nous avons travaillé : cette publication est un outil, un document que vous pouvez vous approprier directement. Aucun spoiler, - vous lirez l'ensemble - mais j'expose les grandes lignes directrices de cette dernière partie pour conclure. Nous vous invitons à :

  • Repenser la prise en charge des frais de fonctionnement

  • Mutualiser et innover

  • Sortir de la course à l’essaimage des projets

  • Territorialiser



Vous avez envie d'en savoir plus ?

Le lien de l'article est un peu plus haut, ou ici, pour les plus pressés : https://cnmlab.fr/onde-courte/loi-aillagon-et-mecenat-dans-la-musique/


Vous pouvez aussi retrouver mon livre blanc sur le sujet, co-écrit avec Sophie Lanoote (2021) :

https://www.calamusconseil.fr/livreblanc

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