• Camille Prost

Quand et comment créer une cagnotte en ligne pour un projet artistique ?

Mis à jour : juin 19

J'innove dans la forme en passant du solo au duo : Marine Serralta, spécialiste de la question, chargée de l'accompagnement des projets chez proarti se joint à moi pour cet article.

Ensemble, nous vous livrons nos petits secrets...


1. Avoir un projet abouti et avoir chiffré son coût

Tout d'abord, il faut rappeler que tous les projets artistiques ne peuvent pas être financés par une cagnotte en ligne. Il est judicieux d'opter pour cette solution :

a) si votre projet est fédérateur : il mêle amateurs et professionnels ? Il est destiné à un large public ? Il est à la croisée de plusieurs disciplines ? Il présente un caractère innovant ? Il est inédit ? Un projet très spécialisé qui mobilise peu de parties prenantes sera plus difficile à mettre en valeur...

L'avis de Marine sur ce point :

" En effet, une campagne de crowdfunding ne répond pas à la même démarche que les autres formes de financements, puisqu’elle repose sur votre capacité à convaincre le plus grand nombre de participer à votre projet !

Il est donc important de bien penser sa démarche en amont, de se poser les bonnes questions avant de se lancer :

- Pourquoi faire appel au financement participatif ?

- Pourquoi sur ce projet en particulier ?

- Quelles sont les valeurs que mon projet défend ?

- Quels sont les enjeux de cette future collecte ? (budgétaire – postes de dépenses en particulier – communication large autour de mon projet...)

- Quand lancer ma collecte de financement participatif ? "

b) si vous avez déjà une communauté que vous pouvez mobiliser pour cette nouvelle cause. Les donateurs potentiels à privilégier sont déjà dans votre réseau. Imaginez une série de cercles concentriques : les personnes les plus proches de vous (famille, amis, collègues...) sont les véritables ambassadeurs de votre projet. Plus vous avez de donateurs potentiels dans vos premiers cercles, plus vous avez de chance d'atteindre votre objectif de collecte.

L'avis de Marine sur ce point :

"Le mode des trois cercles est en effet celui sur lequel fonctionne le financement participatif. Autour de vous gravitent trois grands groupes qui rassemblent chacun une typologie de donateurs différents. Il est donc important de se concentrer à chaque fois sur un cercle et de ne jamais passer à l’autre sans avoir laissé suffisamment de temps aux donateurs de participer."

c) si vous avez une notoriété dans votre discipline et votre champ d'action, qui vous permettra une campagne de communication plus efficace.


Vous êtes convaincus que ce type de financement est la solution ? Passez à la seconde étape et évaluez le coût de votre projet. Il est illusoire de penser que cette cagnotte va financer 100% de ce dernier. Il faut donc établir un budget, y insérer vos ressources propres et imaginer un plan de financement, qui, idéalement, tend à une forme de diversification des ressources. Cette étape est essentielle, elle seule, permet de passer à notre second point.


2. S'être fixé un objectif de collecte réaliste

Quel objectif de collecte se fixer ? Un petit travail de benchmark peut être intéressant à ce stade. Regardez des projets semblables au vôtre et examinez à combien s'élève leur cagnotte. Il faut, avant de vous lancer, que vous ayez une idée précise de ce qui est réalisable. Un projet comparable est un projet :

- qui est d'une ampleur équivalente

- qui est dans le même champ disciplinaire

- qui évolue dans le même écosystème

- qui mobilise environ le même nombre de personnes,

- qui a les mêmes moyens en termes de communication (c'est essentiel, nous allons y revenir)

L'avis de Marine sur ce point :

" Pour établir son objectif de collecte afin qu’il soit le plus cohérent et le plus réaliste possible il est important, là encore, de travailler bien en amont afin :

- D’avoir un plan de financement complet de son projet : cela permet de mettre en avant vos réels besoins. Le financement participatif est bien souvent l’enveloppe manquante pour donner vie à votre projet dans de bonnes conditions. Attention, afficher un objectif de collecte trop, ou au contraire, pas assez élevé, peut être contreproductif.

- De ne pas oublier de prendre en compte les frais éventuels liés à la collecte en elle-même : frais de commission de la plateforme, coûts liés aux contreparties et à leurs envois. Cela permet d’éviter les mauvaises surprises une fois la collecte terminée.

- De mettre en avant un ou plusieurs postes de dépenses précis à financer. Le mot d’ordre est la transparence avec vos futurs donateurs !

- D’avoir estimé votre capacité à mobiliser votre réseau."

3. Choisir la bonne plateforme

Un benchmark peut aussi vous permettre de choisir la bonne plateforme. Certaines ont une véritable notoriété et sont reconnues par les professionnels du secteur, comme Ulule : https://fr.ulule.com/ ou Kisskissbank : https://www.kisskissbankbank.com/

D'autres sont spécialisées dans un domaine, ce qui peut être un vrai atout. Je recommande proarti, si vous choisissez cette option : https://www.proarti.fr/

C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle j'ai décidé de convier Marine à cette discussion autour du crowdfunding !

Elle nous en dit plus :

" proarti est en effet la seule plateforme de financement participatif spécialisée dans la culture et la création artistique. Notre connaissance du secteur nous permet de proposer un accompagnement poussé et personnalisé aux porteurs de projets, mais proarti se distingue également des autres plateformes par :

· Son taux de réussite des collectes de plus de 90% !

· L’absence de « tout ou rien » sur les collectes

· La possibilité de lancer des collectes éligibles au mécénat, dispositif fiscal incitatif pour les donateurs. proarti simplifie les démarches administratives et opérationnelles. Résultat, les dons moyens sont nettement supérieurs (160 € contre 50 € sur les collectes sans mécénat).


Zoom sur un dispositif qui peut vous intéresser, amis musiciens :

En 2016, nous avons aussi lancé en partenariat avec la SACEM le dispositif Mise en Œuvre(s) – être acteur de la création contemporaine, un dispositif de financement participatif innovant sous le parrainage de Renaud Capuçon, destiné à encourager les interprètes à passer commande à des compositeurs.

Par le biais d’un appel à projet, chaque projet sélectionné bénéficie d’un accompagnement privilégié, une formation d’une demi-journée sur le financement participatif et la communication digitale et une demi-journée de tournage d’une vidéo ayant pour but de présenter le projet et la collecte.

Grâce à Mise en Œuvre(s), les collectes sélectionnées bénéficient d’une aide de la SACEM qui représente 50% de la commande au compositeur.trice et pouvant aller jusqu’à 5000 € par projet. La SACEM abonde les collectes par palier tout au long de la campagne.

En 5 éditions, nous avons accompagné 37 projets pour un total de plus de 1500 donateurs et 252 000 € collectés.


Voici quelques collectes marquantes des années précédentes :

· Les Ombres rencontrent Gérard Pesson : 10 435 € collectés

· BOCCHERINI / HERSANT : 10 271 € collectés

· Diriger c’est jouer : 15 450 € collectés

· Les Sept Paroles de la Vierge : 13 486 € collectés "

Pour bien choisir votre plateforme, un tableau à deux colonnes qui présente les avantages et les inconvénients de chacune peut être établi à ce moment-là, pour que vous puissiez choisir en toute connaissance de cause. C'est un classique méthodologique, mais l'outil a fait ses preuves. À vos stylos !


4. Devenir un as de la communication

Le secret d'une collecte réussie, c'est la communication. C'est peut-être injuste mais il faut que vous le sachiez : un projet médiocre très bien présenté suscitera plus de dons qu'un projet de très grande qualité artistique mal mis en valeur.

Il est primordial d'avoir cette règle en tête pour réfléchir à la manière de présenter votre projet dès le départ. Pensez à travailler sur :

- le titre de ce projet : il doit être évocateur et attractif.

- le pitch, c'est-à-dire les quelques lignes de présentation qui permettent au donateur de comprendre rapidement de quoi il s'agit. Soyez synthétique et évitez les termes trop techniques.

- les supports visuels : un petit film, de belles photos...

Concevez tout cela minutieusement et soignez tous vos éléments de communication.

Mettez-vous toujours à la place de celui qui n'a jamais entendu parler de votre projet et qui peut avoir envie d'en soutenir un autre. Que mettez-vous en place pour que ce donateur clique sur votre projet et non sur celui d'à-côté ?

Il peut être judicieux de dépenser un peu d'argent dans certains supports. C'est une des règles en fundraising : pour collecter beaucoup, il faut savoir investir beaucoup. Certes le financement participatif permet de lever des fonds sans avoir nécessairement besoin de dépenser beaucoup initialement mais un investissement mesuré dans la communication est souvent utile.

Faites en fonction de vos moyens, soyez inventifs et créatifs ! Votre imagination, votre audace et votre sensibilité artistique sont vos meilleurs atouts.

L'avis de Marine sur cette question de communication :

" Votre page de collecte est un formidable outil de communication à part entière. Il est donc important de la concevoir comme tel.

Avant de vous lancer, veillez à rassembler tous les éléments essentiels à la création de votre page. Concentrez-vous ensuite sur votre discours qui doit être le plus mobilisateur et le plus percutant possible.

N’oubliez pas que les donateurs n’ont généralement que peu de temps à accorder à cette collecte, il faut donc leur transmettre toutes les informations importantes en un minimum de temps. "


5. Oser se lancer et en parler

Une fois que tout est prêt, sachez que les équipes qui travaillent pour ces plateformes sont très réactives et qu'elles sont en général de bon conseil. N'hésitez pas à vous entourer de personnes compétentes, à poser des questions, à chercher des réponses et surtout à parler de votre projet avant même que la cagnotte soit en ligne.

La remarque complémentaire de Marine :

" Chez proarti, nous proposons à tous les porteurs de projets qui souhaitent se lancer de nous contacter pour organiser un temps d’échanges, au téléphone, en visioconférence, ou dans nos locaux. Ces rendez-vous d’une heure permettent de mettre en exergue les enjeux de chacun des projets et de chacune des futures collectes. Par ailleurs, les membres du pôle accompagnement de proarti relisent toutes les pages de collectes et proposent des retours précis à tous les porteurs de projets avant la mise en ligne de la campagne ! "


Il est essentiel de faire un travail de mobilisation en amont : parlez de votre projet autour de vous, entourez-vous de personnes qui vont pouvoir relayer l'information dans leur propre réseau, faites un mailing, passez des appels à certains... Vous devenez l'ambassadeur n°1 de ce projet et vous devez assumer ce rôle avant le lancement, pendant et après... Ce n'est pas un sprint, c'est un marathon.

L'avis de Marine sur ce point :

" En effet, une préparation bien en amont vous permettra d’organiser votre plan de communication, cela vous permettra également de vivre plus sereinement les débuts de la collecte qui sont souvent intenses !

Organisez-vous en équipe et déterminez les rôles de chacun. Plus il y a d’ambassadeurs du projet et plus la communication s’élargit ! "


6. Suivre le financement et ajuster son message

Autre règle du mécénat : il faut tester, analyser pour ajuster. Une fois la cagnotte lancée, ne croyez-pas que tout est terminé, c'est au contraire le début d'une nouvelle aventure ! Il y a toujours une part d'imprévisibilité dans ce type de financement, même les plus experts ne sont pas en mesure de tout prévoir. Il faut donc analyser comment le message est passé, voir ce qui est porteur, ce qui l'est moins, demander des retours à des personnes de confiance, comprendre le pourquoi de toutes ces réactions et ajuster, corriger, adapter. Il faut être souple et savoir se remettre en question.

L'avis de Marine sur ce point :

"Assurer un suivi régulier de votre collecte est en effet un point essentiel à sa réussite !

Cela passe par des relances équilibrées pour éviter l’effet de saturation auprès de vos contacts, mais aussi par des messages de remerciements à vos donateurs afin de garder le contact tout en leur proposant de communiquer eux-mêmes sur votre collecte et votre projet."

[ La transition vers le 7ème point est parfaite, merci Marine ! ]


7. Toujours remercier

Il est essentiel de remercier tous vos donateurs. Cela peut paraître évident mais croyez-moi, si j'en parle, c'est que mon expérience m'a montré qu'il est utile de le rappeler encore et encore... Le don est un acte qui n'est jamais anodin. Dans un monde où tout s'achète et se monnaye, il appartient à un champ d'action qu'il faut préserver. On remercie, même pour 1 euro, et on soigne ce message de remerciements. Un donateur touché par votre petit message, valorisé, et à qui vous avez témoigné de la reconnaissance sincère est un donateur futur potentiel, voire un donateur régulier en puissance. Avec un joli merci, tout le monde a à y gagner. Il en de même pour les contreparties qui peuvent être proposées, à partir d'un certain montant de don. Il faut les définir et les associer à la segmentation des montants de don (c'est-à-dire les fourchettes, les paliers : quelle contrepartie pour un don de X à X € ?)

L'avis de Marine sur cet ultime point :

" L’après-collecte est aussi un moment essentiel ! Remerciements, envoi des contreparties, informations sur vos avancées de vos projets... Tout cela est important. Un donateur ravi n’hésitera pas à vous soutenir une nouvelle fois, lors d’une future autre collecte ! "


En bref, soyez dans la générosité, que vous soyez celui qui donne ou celui qui reçoit.


Merci à proarti pour cette collaboration, plus particulièrement à Mathieu Davoust et Marine Serralta, bien entendu.


Belles aventures digitales et philanthropiques à tous !


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