• Camille Prost

L'été des orchestres français

Mis à jour : juil. 6

Après des mois de confinement, les répétitions reprennent progressivement sur tout le territoire. On retrouve son collègue de pupitre, mais rien n'est vraiment comme avant... L'occasion pour moi de faire un petit point sur la situation et de revenir sur les grandes étapes qui ont jalonné les réflexions du secteur depuis le mois de mars. Direction les lieux de répétitions des grandes phalanges musicales françaises.


Interrogations de confinés

Dès le départ, les orchestres ont été pointés du doigt et désignés comme des lieux propices à la transmission du Covid-19 : proximité généralisée et projection de gouttelettes du côté des instruments à vents... Tout portait à croire que le confinement était plus que jamais de rigueur.

Niveau moral, ça a été, pour beaucoup de musiciens, les montagnes russes : heureux de profiter de leur famille, de passer du presto à l'adagio, de se recentrer sur l'essentiel, mais terriblement inquiets pour le secteur ; reposés mais angoissés ; profitant du moment présent pour ensuite se demander ce qui allait bien advenir des musiciens professionnels après cette crise sanitaire...

Au cœur de ces réflexions, nombreux sont les ensembles à nous avoir fait partagé leur quotidien dans des vidéos pour nous faire oublier la distance et l'atmosphère anxiogène ambiante :

Le boléro de Ravel pour l'Orchestre national de France :

https://www.youtube.com/watch?v=Sj4pE_bgRQI

La valse des Fleurs par l'Orchestre national de Metz :

https://www.youtube.com/watch?v=WveX3MxZFls

En tutti, mais aussi par pupitre, comme ici, avec les percussions de l'Orchestre national de Lille :

https://www.youtube.com/watch?v=JPCOtobdbU8

et celui des violoncelles :

https://www.youtube.com/watch?v=XJz6VhIVD8w

On a vu aussi un piccolo-haricot, un violon-haltère, un cor-aspirateur et une trompette-douche du côté de Besançon :

https://www.youtube.com/watch?v=EGW8dWV7QUQ


Être enfermés, ça donne aussi du temps pour imaginer des dispositifs et étudier les différents gestes barrières. Les conjectures sont aller bon train : port du masque pour les instrumentistes qui le peuvent (compliqué pour le cor solo ! ) ? Nettoyage des instruments avant et après chaque utilisation ? Séparation des musiciens, mais à quelle distance les uns des autres ? Utilisation de panneaux transparents pour éviter les projections des fameuses gouttelettes... ?


Vienne et son étude

Nous avons ensuite découvert les résultats de l'étude menée par le Philharmonique de Vienne qui affirmait que les musiciens ne se transmettaient pas le Covid-19 quand ils jouaient à une distance d'un peu plus d'un mètre les uns des autres. 

Pour arriver à de telles conclusions, les musiciens autrichiens se sont portés volontaires pour jouer les cobayes lors d’une expérience placée sous contrôle médical. Équipés d’une sonde pulvérisant dans leurs bronches par le nez un très fin brouillard, cette étude a réussi à matérialiser leur souffle rejetant ce brouillard via une toile noire fortement éclairée de face et installée devant eux.

Lors de ce test, le docteur Fritz Sterz a pu constater que la buée dégagée par les violonistes n’était pas plus importante qu'au repos. De leur côté, les trompettistes ont émis une condensation, mais seulement tout près de leurs voies respiratoires. En revanche, les flûtistes ont répandu des particules pouvant aller jusqu'à 80 centimètres... C'est le maximum ! Petit espoir donc, pour les musiciens français, qui se sont dit qu'ils échapperaient peut-être aux cabines en plastique à la reprise !

Une reprise piano, piano...

Depuis d'autres études ont nuancé ces conclusions. Plus pessimistes, elles préconisent la prudence...

https://www.francemusique.fr/savoirs-pratiques/nouvelle-etude-appelle-a-la-prudence-concernant-la-reprise-des-concerts-dans-les-salles-84920

Ces derniers jours, les musiciens ont donc repris le chemin du travail. Chaque ensemble a mis en place un protocole précis : 1m de distance pour les cordes, 2m pour les vents, en général. De quoi perturber les habitudes ; il faut se concentrer beaucoup plus, tendre l'oreille encore bien davantage... De nouveaux repères auditifs et spatiaux doivent être trouvés, mais cela semble se faire dans la bonne humeur car tous sont, malgré tout, contents de se retrouver et de refaire de la musique ensemble.

Jouer pour soi, c'est bien,

Jouer pour son conjoint, ses enfants, ses parents ou ses voisins, c'est très sympathique,

Jouer au sein de son orchestre et pour un large public, c'est encore mieux.

Vers de nouvelles formes...

La toile a été envahie de belles initiatives pendant le confinement, l'heure est cette fois à l'innovation au sein du monde réel, pour pouvoir retrouver un public et partager la musique le plus rapidement possible et dans de bonnes conditions sanitaires.

Je vous ai donc concocté un petit florilège événementiel sur-mesure !

L'été 2020 est synonyme de mini-formes, d'itinérance et de musique en plein air, voyez plutôt...

a) Les concerts flash de l'Orchestre Dijon Bourgogne

C'est bientôt la fin de la série, dépêchez-vous !

Chaque jour à 18h, du 1er juin jusqu'au début du mois de juillet, l'ODB vous donne rendez-vous dans l'espace public et sur sa chaîne youtube pour des concerts flashs. Entre le happening, la flash mob, le mini-concert ou encore le concert de rue, les musiciens de l'Orchestre Dijon Bourgogne proposent un court programme musical de leur choix, en petite formation, retransmis sur la chaîne YouTube et la page Facebook de l'orchestre. On aime !

b) Les concerts itinérants de l'Orchestre de l'Opéra de Lyon

Depuis le 22 juin, les musiciens de l'Orchestre de l'Opéra de Lyon se retrouvent également en petites formations et sillonnent la ville de Lyon et la Métropole pour 11 concerts de musique de chambre. Ils sont accueillis dans des lieux très divers et jouent pour les soignants, les patients, les résidents et le personnel des Ehpad, les habitants à leur fenêtre, les passants et les curieux...


Parallèlement à ces initiatives qui redonnent le sourire, les grands rendez-vous estivaux se réinventent :

c) La scène numérique du Festival d'Aix

L’édition 2020 du Festival d’Aix-en-Provence n’est pas annulée, elle est simplement empêchée. "Les productions sont reportées mais les décors prennent déjà vie aux Ateliers de Venelles et certaines équipes vont répéter dès cet été, dans le respect des normes sanitaires. Une large part des résidences de l’Académie et des sessions de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée vont se tenir, aidées des nouvelles technologies. Les services éducatif et socio-artistique de Passerelles poursuivent leur mission. Cette année comme les autres, il sera bien question de répétition, création, interprétation et transmission – ces quatre piliers qui font l’art vivant –, dans un vaste tissu dont Aix-en-Provence sera le centre. Surtout, l’énergie des artistes invités, leur désir de porter les œuvres auprès du public, sont intacts. Il fallait donc, en dialogue avec eux, adapter la programmation, la rendre légère dans ses dispositifs mais ambitieuse et variée dans son contenu ; et jouer avec les contraintes pour inventer un autre type de rapport au public. Ainsi, en impliquant une centaine de personnalités (sans compter les orchestres), cette édition aura lieu à sa manière. Ailleurs, autrement. Avec cette scène numérique, nous voulions en donner un aperçu, et repenser le sens et la mission du Festival, pour mieux construire l’avenir."

10 jours, 4 rendez-vous quotidiens : du lundi 6 au mercredi 15 juillet, la scène numérique proposera une grille quotidienne ponctuée de quatre rendez-vous – accessibles en partie sur Arte et sur France Musique et en intégralité sur le site du Festival, depuis une chaîne dédiée ainsi que sur ses réseaux sociaux. Un thème donnera à chaque journée son unité.


d) Retrouvez également l'Orchestre de Paris à la Philharmonie et découvrez son prochain directeur musical, Klaus Mäkelä, le 9 juillet dans un programme Beethoven et Ravel :

Le placement sera distancié : un siège sur deux sauf couples ou groupes constitués. Seul le rang est garanti et non la place. Masques seront obligatoires pour le personnel et le public. 

Du gel hydro-alcooliques sera disponible aux entrées. Il n'y aura pas de vestiaire et le concert se déroulera sans entracte.

Chers mélomanes, il semble que tout cela va, dans les mois à venir, devenir la norme.

À ces mesures sanitaires s'ajoutent des partenariats média afin d'élargir le public. Ce concert sera ainsi diffusé en direct sur Medici TV, Mezzo Live HD, Philharmonie Live et en différé sur Radio Classique diffusion le samedi 11 juillet à 21h.

C'est organisé, cadré, c'est très Philharmonie, mais tous les acteurs du monde musical français n'ont pas les moyens d'agir ainsi... Il est donc important que les grandes maisons donnent le la et servent de porte-parole pour expliquer à tous quelles sont les réalités du secteur.


Et à la rentrée de septembre ? J'ai envie de vous parler de l'Inattendu Festival de l'Opéra de Lille qui aura lieu du 3 au 17 octobre. Vous pourrez y retrouver Emmanuelle Haïm et son Concert d'Astrée mais aussi Maxime Pascal et le Balcon :

https://www.opera-lille.fr/fr/saison-20-21/bdd/sid/99985_l-inattendu-festival

Une manière de commencer une saison d'opéra autrement, en mettant en lumière les deux ensembles en résidence. Quinze jours d’opéras, de concerts, de surprises musicales et une thématique : l'évocation du destin de ceux qui, comme Énée, comme Ulysse, traversent une mer houleuse pour retrouver enfin leur patrie perdue ou leur foyer. "Émotion, innovation... et distanciation. L’Opéra se réinvente". On adore !


À bientôt aux concerts et pour une nouvelle saison musicale en compagnie de vos ensembles préférés !

Calamus Conseil est heureux de compter parmi ses clients actuels l'Orchestre Dijon Bourgogne:

https://www.orchestredijonbourgogne.fr/odb/l-orchestre


Si vous avez besoin d'une plume pour vos brochures, vos textes institutionnels ou vos notes de programme, écrivez-moi : cprost@calamusconseil.fr Pour plus d'informations : www.calamusconseil.fr